Neolex-Droit et innovation
Par le 14 janvier 2013

Big Data : vers une perte certaine de notre anonymat numérique ?

Après Internet, c’est au tour du Big Data de marquer l’histoire du numérique.

Cette décennie sera celle des données. Elles se comptent aujourd’hui par milliards, qu’elles proviennent des réseaux sociaux, de l’e-commerce, du stockage de documents, de vidéos, de photos ou encore des signaux GPS des Smartphones et les puces RFID qui permettent d’identifier et de localiser des objets ou des personnes. C’est cet ensemble de données qui constitue le Big Data.

Ce réservoir inépuisable de données (très) personnelles jusqu’alors inexploitable car échappant à tout traitement, ce Big Data est devenu en l’espace de quelques mois le nouvel Eldorado des entreprises qui jouent leur avenir sur l’amélioration de leur relation-client et l’optimisation de leur politique marketing. Toucher le bon consommateur, au bon endroit, au bon moment, avec le bon produit sera désormais chose possible avec l’exploitation optimale des Big Data.

Une manne pour les entreprises, certes ! Mais en est-il autant pour le consommateur désormais ciblé au plus près de sa vie privée ?

Cet haro sur l’anonymat de l’individu devrait aller grandissant avec l’arrivée en France de l’Open Data.

Ce projet récent, originaire du monde Anglo-Saxon, a pour but de rendre accessibles les données publiques via la mise en ligne de plateformes de données. Les données ainsi publiées concernent les statistiques, horaires, recensements, etc. Or, dans une optique commerciale, les entreprises semblent s’intéresser de très près à ce mouvement d’ouverture des données. Elles pourraient ainsi partager des données en ligne telles que des données techniques, marketing et communication. Le risque serait que le partage des données en ligne devienne la solution adéquate pour remédier à la surcharge des données en entreprise et leur permettent de collecter toujours plus de données sur les consommateurs.

Ce partage de données en ligne pourrait-il s’appliquer aux données personnelles ? A priori non, puisque la CNIL impose l’anonymat des données personnelles, toutefois plus les données récoltées sont détaillées, plus il est facile d’identifier une personne même en présence de l’anonymat.

Par ailleurs, la CNIL va revoir sa position sur l’encadrement des données afin de faire face à la problématique du Big Data. Si nous pouvons espérer que la CNIL conserve sa position, il n’est pas certain que l’anonymat total des données personnelles reste envisageable en pratique.

A ce titre, il n’est pas anodin de constater que lors de sa création, le réseau social Google + n’autorisait pas l’utilisation de pseudonymes. Google + est cependant revenu sur sa politique, sans perdre de vue son idée initiale d’identifier ses utilisateurs. Désormais Google + n’interdit plus l’utilisation de pseudonymes, mais il incite à l’utilisation du même nom d’utilisateur sur l’ensemble de ses services.  Plus encore, Facebook offre la possibilité à ses utilisateurs d’identifier, parmi leurs contacts, les personnes ayant volontairement recours à des pseudonymes.

Cette volonté des entreprises de collecter le maximum de données sur ses consommateurs et/ou utilisateurs risque de faire de l’anonymat une « denrée rare ». Le phénomène Big Data est certes une révolution numérique, mais une révolution qui poussée à l’extrême et en l’absence de règles strictes l’encadrant pourrait constituer un prélude au Big Brother…